MATERIAL SUBTANCE

01.10.2021 - 31.10.2021
BY VALERIE ALTER
Photographie

Depuis quelques années, Valérie Alter imprime ses photographies sur différents supports pour les transformer ensuite en tableaux-photographiques uniques aux formes surprenantes. Une apaisante tendresse se dégage de ses œuvres qui dialoguent avec les espaces et les spectateurs. En constante métamorphose, elles communiquent avec leur environnement.
On s’y plonge, presque littéralement, dans ce monde à la fois méditatif et complexe. Les supports divers tels que les miroirs ou les bâches se retrouvent en dialogue avec la résine. Le jeu des matériaux et leur pouvoir réfléchissant transforment les images prises par l’artiste lors de ses nombreux voyages. Ce sont justement ces photographies qui constituent le « fondement » de la démarche de Valérie et se concentrent sur les éléments en pleine transformation, capturés à un moment précis, marqués par leur histoire, ainsi qu’un « vécu » qui ne peut se lire qu’à travers des traces laissées sur la matière.
Dans sa dernière série intitulée Pebbles, l’artiste cherche à mettre en avant les changements naturels de la pierre ou du métal provoqués par les éléments naturels. L’empreinte du temps devient ici une expression d’un « temps long » en opposition à l’ « histoire événementielle » si caractéristique de notre condition humaine. Faisant l’écho aux « différents temps de l’historie », un concept développé par l’historien français Fernand Braudel, Valérie nous invite à nous détacher des tourbillons, des événements courts et fugaces que nous vivions pour les voir différemment. C’est une rencontre entre la temporalité douce — celle d’une pierre polie par les courants marins ou du métal changeant sous l’action des éléments naturels — et notre histoire personnelle.
Dans ses sculptures, elle recherche à reconstituer des associations de galets qui dans le monde naturel ne sont jamais fixes. De même manière ses œuvres sont diffèrent de chaque côté et peuvent être installées de façon différente. Sa dernière série se caractérise également par le passage de la forme circulaire, omniprésente dans Les Réflexions, aux dix formes inspirées directement du monde naturel. En s’appuyant sur un vocabulaire restreint, l’artiste continue ses recherches sur les agencements structurels dans l’espace et questionne les notions de la stabilité et de l’équilibre.
Le miroir et la résine continuent à relier les séries, et permettent de renforcer la dualité sémantique du mot « réflexion ». Celle-ci se matérialise en tant que phénomène physique observé sur la surface du miroir, mais signifie également l’action de l'esprit et la pensée qui en résulte. En constante évolution, ses tableaux et ses sculptures gagnent une présence vivante. L’effet liquide et organique que l’artiste donne à la résine lui permet d’évoquer l’eau — élément central dans son travail. Le jeu de textures permet aussi d’instaurer un rapport tactile entre les œuvres et les spectateurs, invités par l’artiste à toucher à « la stabilité de l’eau » et par la même à se reconnecter à l’instant présent, tout en voyageant dans le miroir.