Exposition : Regards Croisés

Exposition Collective :
Émilie Danchin, Vida Mehri - Dessin, Photographie

Du 18 octobre au 7 décembre, la Galerie Arielle d’Hauterives propose Regards Croisés, une double exposition qui associe le travail d’Emilie Danchin et de celui de Vida Mehri. Deux artistes qui empruntent des chemins artistiques autonomes et très personnels pour se rejoindre dans leur questionnement de la féminité, de l’identité et du déracinement.

 EMILIE DANCHIN

Dans sa série de photos Belle comme une image, Emilie Danchin propose des portraits symboliques de femmes issue de l’immigration marocaine, peu habituées aux regards sur elles-mêmes, et méfiantes vis-à-vis du regard public. Réalisées dans le cadre d’un atelier photothérapeutique, proposé à l’initiative du Wiels, à  des femmes de la Maison des Femmes à Forest, ces images questionnent et révèlent avec force et pudeur une identité féminine souvent intériorisée depuis le plus jeune âge.

Le visage couvert de leurs voiles pour ne pas être vues, ces femmes se dévoilent paradoxalement de l’intérieur. Ces photos sont l’aboutissement d’un travail d’introspection émotionnel par le biais d’un objet, d’un souvenir mis en scène dans une performance. Emotionnellement fortes, les images sont également d’une grande rigueur plastique. Cadre soigné, fond blanc et composition maîtrisée. Une dimension artistique qui prolonge et rejoint le travail de portraits noir et blanc que l’artiste réserve à son fidèle Hasselbald. Emilie Danchin a toujours exploré les marges. Photographe, mais aussi thérapeute et philosophe, elle a toujours appréhendé la photographie comme un terrain d’expérimentation psychique, un travail exploratoire à l’écoute des bruissements de l’intimité pour ramener à la surface des infimes vibrations du vécu.

Emilie Danchin découvre la photographie à peu près en même temps que la psychanalyse, au cœur de l’enfance. Longtemps pratiquées de manière cloisonnée, ces deux démarches d’observation et de compréhension de la personne humaine se sont retrouvées dans la photothérapie. Entre 1995 et 2005, elle réalise des séries de photos sur l’amour, Les Abattoirs, Le Taxidermiste, La Somnambule et Le Transfert. En 2011, elle publie Terrain connu aux Editions Yellow Now et inaugure la pratique de l’Analytique photographique, une approche thérapeutique d’inspiration analytique. Enfant, elle a découvert dans la photo, un sésame pour aller à la rencontre des autres en étant protégée. Dans la photothérapie, elle s’appuie sur la photographie pour révéler l’inconscient visuel des modèles, en captant leurs émotions, leurs sensations, leurs intuitions et leur imaginaire.

VIDA MEHRI (VIDA LIZA)

Les thèmes de la censure et de l’auto censure sont au centre du travail de Vida LiZa, une artiste iranienne aujourd’hui établie en Belgique. « Ces thèmes m’obsèdent depuis que j’ai quitté l’Iran, une société rigidifiée par les filtres sociaux et la censure, pour aller étudier les Beaux-Arts en Suède, perçue comme une société libre. » Son travail explore les tensions entre deux identités, sociale et culturelle, d’une part et virtuelle, de l’autre, l’impossible définition de l’appartenance et tout ce qui dans la construction sociale peut modeler la personnalité et les comportements des individus.

L’art de Vida Liza se confond avec sa vie. Toute sa création est irriguée par ses doutes, ses questionnements intimes. Aux souvenirs et émotions qui remontent de ses 24 années passées en Iran se superposent les échos de la vie qui y continue sans elle. La distance n’atténue pas l’urgence imposée par le contexte social et politique, comme par les espoirs, les frustrations de ses proches.

Son travail se déploie sur différents types de supports : dessins, installations, mixed medias ou vidéos. Son laptop est devenu une fenêtre sur son pays. Une fenêtre qui crache des photos qu’elle imprime sur toile pour les perforer de trous qui prolifèrent comme la censure. Les dessins de la série Let it be évoquent des scènes entre rêve et la réalité qui laisse  ses fils rouges, ses bandes de collant et des bouts de texte en persan. Elle se met en scène croquée d’un trait rageur, frontal et ironique à la limite de la farce avec l’image obsédante des cafards qui grimpent sur les corps ou se multiplient comme une menace incontrôlable. La menace est aussi présente dans son film « My fingers grew and stuck to the asphalt » une métaphore poétique qui respire et rêve avec les habitants d’une ville sous la menace d’un mystérieux et fatal poison.

Vida est née à Téhéran en 1984. Elle a étudié l’architecture à l’université Azad. En 2009, elle part pour la Suède et décroche un Master en Beaux Arts à l’université d’Umea. Depuis 2011, elle vit en Belgique où elle a obtenu un post graduat en  Arts Media Design à Sint Lukas, Bruxelles.