Exposition : Opus

Exposition Collective :
Anne de Bodt, Patricia Kinard - Installation, Peinture, Tissage

L’exposition « Opus » réunit deux plasticiennes dont les œuvres actuelles, très différentes l’une de l’autre, témoignent d’un lien profond mais à son tour distinct, avec la musique.

Anne de Bodt tisse. Patricia Kinard peint. La première travaille dans un silence seulement adouci par le pépiement des oiseaux du voisinage. La seconde à l’écoute des musiques dans lesquelles elle s’immerge. Anne de Bodt a vécu son enfance entourée de musiciens. Arthur Grumiaux, le violoniste célèbre avait par exemple été invité à travailler dans le salon familial. Patricia Kinard découvrira la musique comme une révélation alors qu’elle peint déjà depuis plusieurs années. Ce fût Ravel. Puis Mahler avec les symphonies duquel elle réalisa une trentaine d’œuvres. Aujourd’hui, d’autres peintures naissent des rencontres avec Sibelius, Fauré, Chausson, Rachmaninoff, Szymanowski, Dutilleux, Campo…

Entrons dans l’atelier.

Anne de Bodt s’est assise. Elle s’émerveille devant la beauté d’une partition ou encore la forme d’un instrument de musique dont elle possède les photographies. Elle prend les ciseaux, découpe en lamelles. L’outil émet un son léger et régulier. Le papier demeure silencieux. Plus tard, elle reliera ces fragments à l’aide de fil de soie. Elle en fera des voilures ou les enroulera. Elle les dressera, parfois en forme de lyre ou les accrochera sur une branche d’arbre qui dort, tranquille sur un coin de la table. Puis, elle se lèvera et rejoindra le salon où l’attend son mari pour une heure de musique pure. Mozart, Bach, Verdi. Patricia Kinard demeure debout. Depuis un moment, la musique colore l’atelier et la pénètre.  Elle ne sait pas où la mènera la symphonie n°8 de Brückner ou encore ce « Bruissement de la mer la nuit » de Gabriel Dupont. Elle ressent des qualités de couleurs profondes, vivantes,  visualise des mouvements venus des fonds sombres et lointains et d’autres dont son pinceau fait écho. Ses gestes sont précis, tintements de clochettes ou souffles traversant. Quand elle sortira de l’atelier, elle aura tout oublié des procédures et de ces moments particuliers durant lesquels elle a échangé avec le chef d’orchestre et le compositeur, mais qui le saura, une larme et un sourire. Elle se prépare une tasse de thé. Dans quelques minutes, elle va retrouver ses amis pianistes, chanteurs ou chefs d’orchestre sur Facebook et grâce à eux, écouter encore ou découvrir de nouvelles musiques.

On cherchera chez Anne de Bodt, la trace du réel. Un do, une clef de sol, un violon. L’essentiel est entre ces références. Dans les vides, les graphes tremblants des fils, la transparence des papiers, la pâleur des coloris. La poésie.

On aimerait reconnaître chez Patricia Kinard la présence d’un océan, de la brume, d’une montage ou d’une forêt. Ce sont des apparitions nées du fond de la nuit, des instants de rencontres éphémères entre deux teintes, des rythmes, des mouvements. Car, comme l’écrit Pascal Quignard (« Tous les matins du monde »), « la musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut parler. En ce sens, elle n’est pas tout à fait humaine ».

Concert d’Alisée Frippiat: Vendredi 28 février 2014

Conférence de Kanako Abe : Samedi 8 mars 2014