Emilie Danchin

Photographie

Emilie Danchin découvre la photographie à peu près en même temps que la psychanalyse, au cœur de l’enfance. Longtemps pratiquées de manière cloisonnée, ces deux démarches d’observation et de compréhension de la personne humaine se sont retrouvées dans la photothérapie. Entre 1995 et 2005, elle réalise des séries de photos sur l’amour, Les Abattoirs, Le Taxidermiste, La Somnambule et Le Transfert. En 2011, elle publie Terrain connu aux Editions Yellow Now et inaugure la pratique de l’Analytique photographique, une approche thérapeutique d’inspiration photographique. Enfant, elle a découvert dans la photo, un sésame pour aller à la rencontre des autres en étant protégée. Dans la photothérapie, elle s’appuie sur la photographie pour révéler l’inconscient visuel des modèles, en captant leurs émotions, leurs sensations, leurs intuitions et leur imaginaire.

Dans sa série de photos Belle comme une image, Emilie Danchin propose des portraits symboliques de femmes issue de l’immigration marocaine, peu habituées aux regards sur elles-mêmes, et méfiantes vis-à-vis du regard public. Réalisées dans le cadre d’un atelier photothérapeutique, proposé à l’initiative du Wiels, à  des femmes de la Maison des Femmes à Forest, ces images questionnent et révèlent avec force et pudeur une identité féminine souvent intériorisée depuis le plus jeune âge. Le visage couvert de leurs voiles pour ne pas être vues, ces femmes se dévoilent paradoxalement de l’intérieur. Ces photos sont l’aboutissement d’un travail d’introspection émotionnel par le biais d’un objet, d’un souvenir mis en scène dans une performance. Emotionnellement fortes, les images sont également d’une grande rigueur plastique. Cadre soigné, fond blanc et composition maîtrisée.

Avec Magnolia, l’artiste prolonge vers de nouvelles pistes, une sorte de troisième voie qui sillonne entre les genres, une approche éprouvée déjà de longue date. Portraits ou mises en scène ? Projection de soi ou introspection ? Jeu futile ou profondes implications ? A travers ces personnages à l’étrangeté assumée, ce sont aussi les genres photographiques qui se voient secoués à l’intérieur du cadre, pourtant classique et rigoureux, du carré noir et blanc. Peu importent le diagnostic, l’étiquette ou l’interprétation : seuls comptent les échos, les déplacements, les ambiguïtés. Toutefois des réponses fortes sortent de ce jeu de questions : les images. Et sur ce fil rouge – fil à soi(e), « qu’y a-t-il d’elle en lui « , question simple et inépuisable, c’est finalement l’œil du spectateur, troublé et ambivalent, qui ne sait comment se poser, qui se doit de douter. [Emmanuel d’Autreppe]

Site web de Emilie Danchin : http://www.emiliedanchin.be/index.html