Anne-Catherine Nesa

Gravure

Quel serait l’intérêt d’un endroit comme la Casa de Velázquez s’il n’offrait pas aux artistes —ou au moins aux plus audacieux d’entre eux — la possibilité de se réinventer, d’explorer de nouvelles pistes, de s’affranchir des règles auxquelles ils se croyaient précédemment soumis, de sortir du cadre en un mot, et ce, grâce au calme ainsi offert, à la sérénité propice à la réflexion, aux contacts entre artistes résidents aussi sans doute.
Encore faut–il un certain courage pour oser ne plus respecter les normes apprises, pour aller jusqu’au bout de nouvelles recherches, de nouveaux médiums, de nouveaux outils.
La libération — la renaissance pourrait–on presque dire — qu’a connue Anne–Catherine Nesa, lors de son séjour à la Casa de Velázquez, est des plus flagrantes. Alors que ses épreuves anciennes, abstraites, rapides, linéaires étaient encore apparentées à une certaine gravure traditionnelle et n’offraient guère de potentiel d’incertitude, celles qu’elle montre aujourd’hui sont comme un feu d’artifice d’explorations dans cent directions, mais dans une grande cohérence. Anne–Catherine Nesa a travaillé avec de nouveaux supports et de nouveaux matériaux, imprimant sur du tissu ou du papier de soie, réutilisant des déchets, tarlatane et fil de laiton. Loin du fétichisme de l’encre et du papier parfaits, elle a bricolé, elle a osé laisser libre cours au hasard, elle a introduit l’incertain, l’aléatoire, voire le faux–pas intelligemment récupéré. Cette récupération de débris, de morceaux épars peut sembler inspirée de Lévi–Strauss1, du « faire avec peu », mais j’y vois aussi un lignage avec d’autres travaux expérimentaux, en gravure, et aussi en photographie, là où la liberté consiste à s’affranchir de la machine, presse à graver ou, pour Vilém Flusser2, appareil photographique. Un regain d’aura naît, pour ces oeuvres reproduites mécaniquement, de l’intervention de la main de l’artiste, non seulement la main qui dessine et qui tourne la presse, mais aussi la main qui retouche, qui améliore, qui écrit ou qui brode sur la gravure même, réalisant ainsi une pièce unique. L’innovation est aussi apparue dans sa manière d’exposer ses gravures, dans des boîtes, ou négligemment appuyées au mur. Mais ce qui ressort surtout de cette renaissance à mes yeux, accompagnant un passage marqué à la figuration, c’est une présence plus visible de l’auteure, comme un dévoilement personnel, un engagement intime, sans filtre ni paravent. Il reste à souhaiter que l’élan ainsi donné se poursuive, s’accomplisse une fois loin du paradis madrilène, mais, à voir le travail accompli et la maturité atteinte, on ne peut guère en douter.

Marc Lenot (préface du catalogue de la Casa de Velazquez)

Vidéo d’Anne-Catherine Nesa

Site web de Anne-Catherine Nesa : http://annecatherinenesa.ultra-book.com/book