Alice Pieters

Dessin, Peinture, Sculpture

Artiste bruxelloise formée à l’architecture d’intérieur, Alice Pieters a mené des études d’art en dessin, peinture et sculpture à l’Académie Saint Josse Ten Noode. Après avoir dirigé une galerie d’art contemporain dans les années 90, elle se consacre à plein temps à sa création personnelle depuis 7 ans.

Pour l’exposition « Rêves d’Arctique », elle plante les plantigrades dans une baignoire, « parce qu’avec tout ce qu’on inflige au milieu naturel de ces bêtes, on finira par leur donner des bains moussants », ou elle les montre jouant. Car si le sujet est grave, le traitement reste poétique. Les ours d’Alice sont représentés tout en rondeurs et douceur. Si on n’est pas dans l’univers enfantin, on en conserve ici la candeur. L’artiste représente l’ours qui va encore bien, mais elle alerte. L’exposition est optimiste, mais porte intrinsèquement un signal : l’image de cet ours débonnaire et rond qu’on admire aujourd’hui, elle est prête à disparaître. Dans les dessins d’ours vautrés qui goûtent à la langueur de vivre, il y a la promesse d’un futur. Ils tiennent encore debout, mais on sait qu’on touche à l’ultime limite.

Alice Pieters a volontairement imprimé des déformations dans ses sculptures, les accidents de la vie des personnages auxquels elle donne corps, car elle n’aime pas les objets parfaits. Son travail s’inscrit entre l’imperfection et la représentation. Elle applique à son œuvre une recherche de construction-reconstruction permanente, jusqu’à ce que l’image lui paraisse parfaite, parce qu’elle ne l’est pas.

Les ours tiennent ici sur une structure en acier, sont peaufinés sur un squelette en grillage, habillés d’une peau de plâtre. Par-dessus le tout, Alice les tatoue au fusain et aux pastels. Le dessin fait partie de sa reconstruction. L’ensemble donne une impression de surréalisme, mâtiné d’humour. La plasticienne se passionne pour l’Arctique dans le cadre de l’environnement depuis trois ans. Un intérêt rempli de sens : au début du XXème siècle, la famille de son père exploitait des chalutiers de pêche et partait en exploration au Groenland. Hommage aux grands explorateurs belges, l’exposition « Rêve d’Arctique » est imprégnée des reportages sur la situation dramatique pour la faune et la flore dans ces régions, dont les ours polaires sont devenus, malgré eux, l’emblème vacillant. Alice Pieters s’est trouvée fort impactée par un documentaire sur les ours polaires, elle s’est questionnée sur l’influence de l’homme sur cette espèce. Dans ce film, elle a vu une mère batailler pour sauver ses deux oursons. Une série d’œuvres est née du combat de cette ourse. La sculptrice a aussi tenu à créer un parallèle entre la situation de ces animaux sauvages et la vie de Knut, le célèbre ours blanc du zoo de Berlin : les uns sont prisonniers de leur milieu naturel, l’autre était prisonnier dans une cage. Malgré son aspect doux et paisible, ludique même, cette exposition porte un message militant, un appel à la sensibilisation au réchauffement climatique. L’humanité ne se rend vraisemblablement pas compte que la planète fond sous ses pieds… L’exposition d’Alice Pieters nous le rappelle, comme une prière, avec douceur.